Stimuler la créativité Ecole des parents de lausanne Compte-rendu de la conférence animée par Mme Rose-Marie Rummel Walker, Infirmière - Art thérapeute diplômée
Qu’est-ce que la créativité ? C’est le fait de pouvoir créer, inventer, élaborer…
Les arts plastiques ... Mais à quoi ça sert ? "Les arts sont un langage qui permet d'enrichir la lecture du monde afin de la rendre plus complète et satisfaisante à tous points de vue".
Au cours d'une activité artistique, l'enfant vivra plein d'expériences: Il apprendra à percevoir les choses, explorera les différentes façons de "faire" une oeuvre à l'aide de diverses techniques, pour ensuite apprendre à regarder et comprendre sa création. Les arts plastiques ne sont pas une affaire de talent mais bien d'exploration.
Comment aider son enfant à développer son sens créatif ?
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Fournissez-lui à la maison les instruments de base pour qu'il apprenne à les maîtriser : des ciseaux, du papier, un cahier à dessin, de quoi dessiner : crayons, pinceaux, peinture,...
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"Etudiez" le dessin de votre enfant: comment le trouve-t-il, ...? Encouragez-le à développer son oeil critique, ne le laissez pas "condamner" son dessin… et s'il juge son dessin raté, essayez de comprendre pourquoi.
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Incitez le à "travailler" avec ce qu'il considère comme une erreur. De cette façon il comprendra qu'il ne fait pas de la science exacte, mais qu'il transposera sa réalité. Il comprendra qu'il peut s'exprimer autrement qu'avec les mots, ce qu'il ressent, ce qu'il voit et ce qui le touche.
Les représentations de la créativité changent suivant la culture et le contexte social. Depuis que l’homme existe, il a manifesté le besoin de créer, les hommes des cavernes peignaient dans leur grottes (Lascaux..) Ce sens créatif était lié au sens communautaire, à la vie, aux rituels de passage avec, souvent, en plus, un sens esthétique. Ces rituels rythmaient la créativité.
Dans nos sociétés, il n’y a plus de rituels de passage. Pourtant nos jeunes en ont besoin. L’homme doit faire preuve de créativité pour vivre et survivre. Nous retrouvons cette créativité dans tous les domaines : l’économie, les sciences, l’art, le quotidien, le relationnel, l’intellectuel.…
A quoi attribuer la créativité? A un don, à l’intelligence, à l’éducation? Une grande partie du potentiel créateur s’acquiert ou risque de se perdre pendant l’enfance, nous dit R. Diatkine, psychiatre pour enfants. Une remarque qui place les parents et éducateurs dans une position de responsabilité.
Il y a 4 étapes dans le processus créateur, qu’il s’agisse de peindre une œuvre, de faire un mémoire, de créer un bricolage, ou de faire un repas…:
1) La phase exploratoire:
- C’est le moment où l’on cherche, fouille, touche, collectionne, devine, découvre, prend des risques … On ne crée jamais à partir de rien, toute création commence par quelque chose : une idée, une vue, une lecture, nos sentiments, notre culture. C’est aussi ce que fait un petit enfant au niveau tactile et sensoriel.
Cette phase n’a pas besoin d’être stimulée. Toute exploration des 5 sens est bonne à prendre. L’enfant découvre surtout avec les mains. La main est l’organe le plus largement représenté au niveau cérébral , c’est pourquoi l’enfant éprouve autant le besoin de toucher, de découvrir avec ses mains, avec ses doigts. Dans cette phase exploratoire, souvent l’enfant veut faire et refaire la même chose. Ce qui est normal. Il faut le laisser faire, le laisser aller au bout de son exploration. Bien souvent , les enfants qui ont des problèmes de comportement ont besoin de revenir à cette phase exploratoire.
- Comment accompagner l’enfant quand il crée ? Il faut être présent sans être intrusif.
Winnicott, qui a longuement étudié le comportement de l’enfant et les interactions avec les parents, nous apprend ceci :
- Il ne faut pas être trop près : L’enfant peut sentir de l’intrusion et alors manquer de confiance en lui. Il aura l’impression qu’il ne sait rien faire par lui-même.
- Il ne faut pas être trop loin : Le risque est que l’enfant n’existe plus dans le regard de ses parents et qu’il se sente peu «contenu».
Attention à ne pas trop retenir son enfant dans la phase exploratoire au risque d’en faire un enfant inhibé.
La garderie peut procurer une bonne stimulation : l’enfant se développe en s’appuyant sur les expériences des autres enfants et du groupe. Un bon moyen de stimuler la créativité des enfants est de se montrer soi-même créatif à leurs côtés en tant qu’adulte.
2) La phase créatrice:
- Cette étape confronte à la notion du temps (que cela prend pour réaliser quelque chose), à la réalité matérielle, au passage à l’action, et à la nécessité de combiner avec plusieurs éléments.
Elle prend du temps, peut apporter une certaine frustration . Elle confronte à la capacité manuelle, à la motricité globale et fine. Souvent, les enfants se procurent par eux-mêmes l’apprentissage technique par la répétition des gestes et par l’observation. C’est pour cela qu’il est nécessaire de laisser l’enfant répéter des gestes, et essayer diverses combinaisons. Piaget situe la phase combinatoire vers 6 ans.
- Quid de l’intelligence?
Pasteur et Einstein, créateurs dans l’âme, étaient des élèves très moyens. Les enfants à fort potentiel ne sont pas forcément plus créatifs que les autres : ils peuvent être plus rapides dans telle ou telle phase, mais développer peu de compétence avec les moyens techniques, matériels, et ne pas être à l’aise avec l’aspect sensoriel de la créativité. Il ne semble donc pas y avoir de lien direct entre le QI (quotient intellectuel) et la créativité. L’intelligence a besoin de l’intuition, et l’intuition a besoin de l’intelligence. L’hémisphère droit est plus axé sur la création. L’hémisphère gauche représente l’écrit, ce qui est conceptuel. La créativité met en jeu l’association des deux hémisphères.
Si l’enfant jusqu’à 6-7 ans a principalement besoin de faire des expériences tactiles et sensorielles, l’enfant dès 7-8 ans commence a manifester le besoin d’esthétique et veut que son dessin soit reconnaissable pour l’entourage, ce qui n’était pas son souci jusque-là. L’apprentissage technique, une visite de musée guidée, des ouvrages sur l’art peuvent alors stimuler sa créativité et répondre à ses besoins.
3) La phase d’évaluation
- Tout comme l’artiste prend du recul pour évaluer son œuvre, toute personne a besoin d’évaluer ce qu’elle a fait. C’est un moment difficile. Cette étape peut être stimulante ou défavorable à la créativité .
Si le regard de l’adulte est trop sévère, négligeant ou pire, méprisant, il s’ensuit une blessure qui peut dangereusement bloquer la créativité. Ce regard sera probablement celui que la personne porte sur elle-même par la suite…
- L’esprit de compétition peut apporter une émulation ou du découragement.
C’est un moment difficile : Attention de ne pas être trop sévère avec l’enfant. La compétition (qui permet aussi l’émulation) est défavorable au développement de la créativité. Si un dessin est évalué (par exemple à l’école) il devrait l’être selon des critères précis annoncés : la précision du trait, la justesse des couleurs, l’expression personnelle, l’imagination, etc. Une solution acceptable est de différencier un temps et lieu pour le dessin ou peinture libre, sans évaluation, et par ailleurs un temps et lieu pour l’évaluation des apprentissages. Certains enseignants et éducatrices de garderie ont institué cette nuance avec succès.
4) La phase du conquérant : Savoir se vendre
- Elle concerne plutôt l’aspect commercial de la création, mais aussi nos enfants qui devront défendre ce qu’ils ont fait, un dessin, une thèse, un mémoire, un projet.
On peut être excellent explorateur, bon créateur, et s’évaluer ou «se vendre» de manière négative, ce qui annule la mise en valeur des premières étapes.. Picasso était très compétent dans toutes ces phases, Van Gogh s’est arrêté à la seconde, d’autres après lui se sont chargés d’évaluer et vendre son travail……….
Le processus créatif nécessite de passer par ces 4 phases; il est important de se connaître en tant que parent ou éducateur pour mieux savoir qui nous sommes et ce que nous transmettons implicitement aux enfants. Elles concernent l’artiste mais aussi nos enfants qui devront défendre ce qu’ils ont fait, le dessin, la thèse ou un mémoire
Ce qui favorise la création : Le respect de la personnalité, la reconnaissance des différences, le goût du risque, l’écoute de son intuition, la sensibilité à l’humour, remettre en cause ce qui est acquis, savoir abandonner la sécurité pour le risque, savoir changer de points de repères, être curieux, désirer construire…
Ce qui défavorise la créativité : Un respect excessif de l’autorité, l’acceptation rigide des choses acquises, le besoin accru de sécurité, les systèmes totalitaires (sociaux, familiaux, professionnels), la culpabilité, la honte, la tristesse, la crainte de l’inconnu et de l’incongru, une mauvaise capacité d’écoute de l’autre…
Questions
1) Doit-on forcer un enfant de 3 ans à colorier? Non, 3 ans c’est jeune pour le dessin ou la peinture de manière trop précise, On peut plutôt favoriser la gestuelle avec des craies (grosses), le laisser gribouiller afin de favoriser l'expérience motrive et sensorielle. L’apprentissage avec le crayon se fait plus tard.
2) Coloriage: que penser des livres qui proposent des coloriages avec modèles aux enfants? Le coloriage est une sorte de gribouillage contenu et offre la possibilité à l’enfant de maîtriser son trait. Si l'enfant doit suivre le modèle mais qu'à coté il a une certaine liberté, dans des dessins libres, il est dans un apprentissage de la maîtrise du trait. Ce qui est une bonne chose mais pas si tôt pour un très jeune enfant.
3) Existe-il des matières à proposer selon les âges? On peut proposer de nombreuses matières à tous les âges, en tenant bien sûr compte des aspects de sécurité pour les enfants petits, il faut que la préhension soit aisée, et proposer des objets demandant une dextérité fine plus tard. Craies, sable, cailloux, eau, carton, papier, matériel de récupération, argile, pâte à modeler, sable à modeler, peinture à doigt, gouache…et toutes les matières que l’on trouve dans la nature. S’il a une inhibition car quelque chose lui a fait mal, on peut l’accompagner de nouveau dans cette découverte, pour qu’il reprenne confiance.
4) Que faire avec les enfants qui touchent tout? La phase exploratoire de l’enfant ne doit pas devenir traumatisante pour le parent ! Il faut banaliser le terrain, permettre à l’enfant certains espaces et fixer des limites précises sur le reste. Mais aussi porter son attention sur une éventuelle hyperactivité dans le comportement de l’enfant qui pourrait traduire un malaise intérieur.
5) Mon enfant fait beaucoup de dessins, mais passe un temps très court sur chaque dessin. Le parent doit-il intervenir pour que le dessin soit plus fouillé? Il est important de ne pas faire de jugement de valeur trop sévère, mais on peut accompagner l’enfant à se centrer un peu plus longtemps sur son dessin, discuter du dessin avec lui, pour favoriser un meilleur ancrage. Il se peut aussi qu’il soit en train de passer par une phase d’expérience répétitive.
6) Mon fils fait des dessins qui font peur, des monstres … Pour le conforter, en général j’affiche ses dessins dans la maison. Puis-je le faire avec les dessins qui font peur? Si ce dessin représente son monde intérieur il faut lui demander s’il est d’accord avec cet affichage, mais il est peut-être plus adéquat de ranger les dessins dans un classeur, de manière à pouvoir les consulter tout en les protégeant dans un contenant. Il cherche peut-être la communication, le jeu relationnel à travers ces dessins.
7) Est-ce que le temps passé devant la télévision nuit à la créativité ? Oui, je pense que la télévision hypothèque la créativité de l’enfant, car il est passif devant elle, même s’il y a des programmes parfois très intéressants. Il n’est pas négatif pour un enfant de s’ennuyer un peu, cela peut être stimulant pour sa créativité. Trop souvent c’est à ce moment que l’on allume la TV…
8) Que penser des modèles ? Est-ce que ça développe la créativité de l’enfant que de lui donner un point de départ ? Quand on copie un modèle, on est dans une forme d’apprentissage, mais on ne donne pas son état d’âme L’enfant n’a en principe pas besoin de modèles, mais s’il le demande, par exemple entre 8 et 12 ans, cela répond à une étape de cet âge et peut être stimulant pour lui. Comme point de départ, on peut aussi raconter des contes, des histoires, qui développent l’ imaginaire et proposent un point de départ pour un dessin personnel.
9) Quel est le rôle des parents dans la créativité ? L’environnement familial est très important pour le développement de la créativité. Que fait-on avec l’enfant ? Le laisse-t-on libre de faire des expériences ?
Bibliographie succincte
- Robert Gloton et Claude Clero, L’activité créatrice chez l’enfant, Ed. Casterman, 1971.
- Arno Stern, Initiation à l’éducation créatrice, Ed. éducation nouvelle, Montréal, 1970.
- Marie-Claire Landry, La créativité des enfants, malgré ou grâce à l’éducation, Ed. Logiques, pratiques pédagogiques, Montréal, 1992.
- Jean-Luc Sudres et Raymond Fourasté, L’adolescent créatif, PU du Mirail, Toulouse, 1994. (Lecteur motivé).
- Susan Stricker et Edward Kimmel, Le deuxième livre d’anti-coloriage, Ed. Seuil,1979.
- Revue Educateur, Pédagogie et éducation, Dossier « La créativité kêksêkça ? », n°8, nov.-déc. 1995
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